monde de demain

Imagine le monde de demain : 2055

Suite au confinement, je me suis amusé à participer à un concours organisé par France Culture intitulé “Imagine le monde de demain”. 1500 candidats ont fait de même et seulement 15 ont été retenus pour entendre leur oeuvre joué par des comédiens à la radio. Je n’en fais pas partie, mais l’écriture de cette nouvelle m’a bien plu. Peut-être même qu’il faudrait la développer et envisager d’écrire la suite. Un roman d”anticipation, pourquoi pas en… 2055. Euh, ça sera peut-être trop tard. J’ai donc imaginé les suites du coronavirus et le monde qui nous attend. A vous de me dire ce que ça vous inspire, je compte sur vous.

2055

Alors que les 40°c étaient devenus la norme, la chaleur s’abattait implacablement sur la vallée alpine. J’avais décrété la sieste obligatoire pour tous en ce début d’après-midi. Enfin, pour ceux qui ne travaillaient pas. Le midi, ma femme nous avait appelés, les enfants et moi, pour nous dire qu’elle était bien arrivée à Tokyo et qu’elle allait directement se coucher. Je m’entretins tout de même cinq minutes avec elle. On espérait que la situation allait s’arranger, mais elle me recommanda d’être très prudent et qu’il était peut-être temps que je mette les enfants au courant. J’étais plus qu’anxieux à l’idée de devoir tout leur dire. Je préférai l’attendre.

Les deux démons surgirent en trombe dans ma chambre alors que j’étais encore à moitié assoupi.

— La sieste est finie papa, me cria Arielle.

— Bon, les enfants, j’arrive, le temps de me passer de l’eau.

— Qu’est-ce qu’on va faire ? demanda Thomas.

— Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire très importante. Vous êtes en âge de savoir comment le destin de la planète a basculé il y a une trentaine d’années.

Quelques minutes plus tard, j’emmenai les enfants à l’ombre du grand rocher situé derrière la maison. Nous avions pris cette habitude lors des vacances. Idéal pour être tout à la fois au grand air et à l’abri de la chaleur. Assis en tailleur, je pris ma respiration avant de m’élancer dans mon récit.

— Tout commença au début de l’année 2020. On apprit que quelques semaines plus tôt en Chine, du côté de la ville de Wuhan, un virus d’origine animale avait tué des humains. On en parla une première fois comme si l’on annonçait une information quelconque. Ce coronavirus provenant d’une chauve-souris et passé par un pangolin se serait répandu à partir d’un marché de la ville. Tout le monde crut à un virus qui ne touchait qu’une petite région du monde. Puis on s’inquiéta une première fois lorsque l’on voyait que la population avait été totalement confinée, que les rues de cette ville étaient désinfectées par des hommes entièrement recouverts d’une combinaison. Les gouvernements de tous les pays commencèrent à se poser des questions sur la véracité des informations données par l’État chinois.

La petite me regardait avec des yeux ronds, elle ne comprenait peut-être pas tout et notamment le terme que je venais d’employer.

— Véracité, ça veut dire qu’on se demandait si tout était vrai.

— D’accord.

— N’hésite pas à m’interrompre si tu n’arrive pas à suivre ce que je dis.

Elle hocha la tête. Je repris mon histoire.

— Dans les aéroports, on se mit à contrôler tous les voyageurs provenant de Chine. Les Français qui habitaient là-bas voulaient rentrer alors que des Chinois de Wuhan avaient déjà circulé partout à travers le monde. Malgré des mesures de quarantaine, il était trop tard, le virus apparut en France. Les premiers cas virent le jour. Beaucoup, dont des professeurs éminents, ne s’inquiétaient guère de ce qu’ils appelaient une « grippette ». Même mon médecin me dit que les médias en rajoutaient et que ce n’était rien d’autre qu’une épidémie saisonnière. Quelques mois plus tard, seuls quelques hurluberlus niaient la réalité de la pandémie. La deuxième vague, plus encore que la première, fit des ravages. De New York à Pékin, de Rome à Moscou, des millions d’êtres humains succombèrent. Ce que nous ne savions pas à ce moment-là, c’est que la situation n’allait pas s’arranger.

— Elle n’est pas très jolie ton histoire, dit la petite Arielle, tu n’en aurais pas plutôt une qui parle de princesse ?

— Je vous la raconte car l’avenir est incertain. Si je ne suis plus là demain, qui vous dira tout ça ? Vous êtes en âge de comprendre, n’est-ce pas ?

— Oui, laisse-le continuer dit Thomas, à l’École, ce ne sont pas ce genre de choses qu’ils vont nous raconter.

— Merci. Je reprends là où j’en étais. La suite fut terrible, des régimes politiques furent déstabilisés et renversés au Yémen, en Arabie saoudite et d’en bien d’autres pays encore. Même chez nous, des choses graves se produisirent. Les populistes arrivèrent au pouvoir.

— C’est quoi les populistes, c’est des méchants ?

— Oui, la plupart sont des gens qui n’aiment pas ceux qui sont différents d’eux et qui ont un mauvais fond.

— Je le note dans mon fichier d’apprentissage des mots. Cool. Populiste. La définition m’a l’air compliquée, ajouta Arielle.

— Oui, c’est sûr, ce n’est pas simple. Je vais essayer de t’expliquer le plus clairement possible. Les populistes, donc, ont commencé par dire que c’étaient les étrangers qui avaient amené le Mal et que tous nos problèmes venaient des autres. Dans la rue, les cafés et au travail, les gens ne se serraient plus la main et ne se faisaient plus la bise. En même temps, avec le port du masque et les recommandations que nous avions reçues, ce n’était plus possible. Nous nous regardions tous en chiens de faïence, chacun pouvait apporter la mort à l’autre rien qu’avec son souffle. Déjà qu’auparavant, les gens se disputaient pour un oui ou un non, alors là…

Les deux enfants m’observaient avec des yeux bien ronds. Sans doute n’avaient-ils jamais entendu l’expression « chien de faïence », mais ils en avaient cerné le sens. Ils comprenaient bien des choses, cela ne m’étonnait aucunement, je savais de qui il tenait.

— C’est comme ça qu’éclata la guerre civile. Elle dura quatre longues années et fit environ 20 000 morts. En plus des soldats, les victimes étaient des pauvres et des illuminés qu’on avait appelés « Gilets jaunes » parce qu’ils portaient une tunique de cette couleur. On la trouvait dans les voitures pour signaler une panne. Ils formaient des barricades et lançaient des cocktails Molotov, euh, je veux dire, des bombes sur les policiers. Mais certains utilisèrent des armes et c’est là que commencèrent les affrontements et la guerre civile. Parfois des policiers ou des militaires se faisaient soudainement attaqués au détour d’une rue. La répression entraîna la morts de nombreuses personnes.

— Répression, je le note aussi. Il est plus simple : action de punir, ok.

— Ce n’est qu’aux élections suivantes que la situation s’est apaisée. Les gens voulaient retrouver la paix et la quiétude. En arrivant au pouvoir, Jean Hugues, un homme politique modéré, entreprit de changer de constitution. Le Parlement vota la loi quelques mois plus tard et le président de la République devint un membre comme les autres du nouvel organe du pouvoir, le conseil collégial. Celui-ci, composé de dix élus issus des partis politiques les plus représentatifs, assumait les décisions les plus importantes. Le problème, c’est que la situation mondiale catastrophique ne favorisait pas la reprise économique. Seule la Chine tirait son épingle du jeu. Partout ailleurs, les inégalités sociales se renforçaient et les émeutes dans les quartiers devenaient monnaie courante.

Je m’interrompis dans mon récit. J’avais soif. J’avais auparavant pris soin d’apporter une gourde pour nous trois et des verres. Je servis de l’eau à tout le monde. Après deux minutes, je repris le cours de mon histoire.

— Les catastrophes climatiques se multiplièrent. Inondations, sécheresses, tempêtes, ouragans, tsunamis, séismes, éruptions volcaniques, la nature semblait vouloir se débarrasser définitivement de l’être humain. Des chercheurs avaient déjà émis depuis longtemps l’idée qu’une septième extinction massive avait commencé. Après les dinosaures, les mammifères allaient devoir se faire une raison, leurs jours étaient comptés. Partout, les sectes de fin du monde fleurirent et même des grandes religions parlèrent d’une fin du monde imminente.

Je ne leur dis pas que des gens s’immolèrent par le feu et que d’autres se suicidèrent de manière collective. Cela leur aurait fait trop peur.

Je soupirais. Avais-je bien fait d’avoir commencé ce récit ? N’était-ce pas un peu tôt ? Et puis non, il valait mieux tout leur dire maintenant.

— Les progrès technologiques continuèrent et petit à petit il n’y eut plus de caissières au supermarché, plus d’aides à domicile pour se charger des personnes âgées, plus de professeurs pour enseigner. Chacun occupa un poste de télétravail sans savoir finalement qui de l’Homme ou de la machine qui lui faisait face commandait réellement. Était-ce l’Homme qui exploitait la machine ou l’inverse ? Le travail se fit de plus en plus rare, creusant d’autant plus les inégalités sociales entre ceux qui savaient et ceux qui ignoraient, les riches et les pauvres. Après Jean Hugues, le pouvoir se durcit. Les dirigeants qui lui succédèrent firent tout pour utiliser le peuple et opposer les ignorants aux savants. On reprit également les thèses contre les étrangers. Plus grave encore, les hommes devinrent chacun leur tour stériles. Dans les années 2000, des études démontraient déjà que le nombre de spermatozoïdes diminuait sensiblement chez les hommes.

— Sperma quoi ?

— Ah oui, c’est vrai. Tu te souviens, maman t’a déjà expliqué comment ça fonctionnait pour qu’un enfant naisse.

— Exact. La petite graine du papa se dépose dans celle de la maman.

Les deux enfants partirent en fou rire.

— C’est tout à fait ça. Eh bien, la qualité de la petite graine s’est détériorée et il a été de plus en plus difficile pour tous de faire des enfants. Une dénommée Shanna Swan, professeure à l’hôpital du Mont Sinaï de New York, prophétisa qu’un seuil critique minimal du nombre de ces petites graines serait atteint en 2034. Elle ne se trompa pas de beaucoup, il le fut en réalité en 2049. Partout, même dans les zones les plus reculées, de moins en moins d’enfants naissaient. On ignore encore aujourd’hui si tout cela est naturel ou artificiel, si ce phénomène est lié à la pollution, les activités humaines ou s’il s’agit d’une action terroriste ou politique. Toujours est-il que l’espèce humaine, tôt ou tard, va s’éteindre. Désormais, seuls les plus riches arrivent à payer la procréation médicale assistée. Et encore, ils ne parviennent pas toujours à leur fin. Certains ont recours au clonage.

— Clonage, encore un mot à rentrer.

— Mais nous, nous sommes bien nés d’une graine, n’est-ce pas papa ?

Le silence qui s’ensuivit fut des plus pesant. Je n’avais pas le courage nécessaire pour leur dire.

— Mais bien sûr mes enfants. Vous êtes nés avant ces problèmes. Je n’ai pas fini mon histoire.

— Ah bon ?

— Oui, je vous ai dit que le gouvernement opposa les gens entre eux à tel point qu’au bout d’un moment, ceux qui savaient étaient mal vus. Avec le développement de l’intelligence artificielle, les élites se dirent que le peuple n’avait pas autant besoin d’éducation que ça. Cela procurait un avantage pour les personnes au pouvoir. Ils pouvaient facilement manipuler les ignorants, leur faire croire n’importe quoi et surtout s’assurer leur vote avec quelques promesses toutes faites. Exercer une critique envers le pouvoir, c’était à tout moment risquer de se retrouver en prison. En plus de cela, certains habitants espionnaient leurs voisins en espérant ainsi les dénoncer afin de toucher une prime. Un jour, alors que je parlais à un collègue en affirmant que le gouvernement ne faisait pas tout ce qu’il fallait pour favoriser les petites entreprises, quelqu’un qui ne devait pas être loin me dénonça aux autorités. Le lendemain matin, la police vint me chercher et quelques heures plus tard, je passais ma première nuit au cachot…

— Au cachot ?

— En prison, désolé. On me relâcha au bout de deux jours, mais en m’ayant ôté quasiment tous mes points de sociabilisation.

— Tu étais à 0, s’exclama Thomas comme s’il avait en face de lui le plus dangereux des criminels.

— Pas tout à fait, il me restait environ 50 points.

— Seulement, dit d’une petite voix Arielle. A l’École, la maîtresse m’a dit en fin de l’année que je suis une bonne citoyenne, j’ai déjà 2050 points.

— C’est injuste, je n’en que 2023 !

— Ce n’est pas grave Thomas. Quoi qu’il en soit, tous les deux, continuez à faire illusion, mais surtout je veux que vous fassiez l’acquisition d’une qualité que peu ont : l’esprit critique.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Ne le tape pas sur ta tablette. Elle fait partie des expressions interdites.

Je scrutais le ciel au-dessus de nous pour apercevoir si un drone ne traînait pas par hasard dans les parages.

— Avoir l’esprit critique, c’est essayer de prendre de la distance avec les informations que l’on nous donne, voir plus loin et mieux. C’est pouvoir se faire sa propre opinion tout en démêlant le vrai du faux.

— Oh, je vois, dit Armelle. Oui, il y a beaucoup de mes camarades qui affirment n’importe quoi parfois, que les enfants poussent dans des choux ou même pire dans des tubes de laboratoire.

J’esquissai un sourire, cette petite m’étonnait toujours.

— Vous commencez à fatiguer, n’est-ce pas ?

— Tu as fini ton histoire ?

— Pas tout à fait, Thomas.

— Que t’es t-il arrivé ensuite ?

— J’ai rencontré votre maman !

— Et vous avez eu de beaux enfants, nous ! s’écria Arielle.

— Oui, voilà.

— Allez, viens Arielle, on va se rebrancher dix minutes histoire d’être plus en forme le reste de la journée.

— Merci papa pour cette histoire. Par contre, demain, si tu peux en raconter une avec une princesse, ça serait mieux, merci.

— A votre service mam’zelle ! Encore une chose, dans une semaine, c’est la rentrée. Promettez-moi de ne rien dire de tout ça à l’École, pas même à vos meilleurs amis, hein ? Je pourrais avoir des ennuis sinon, on dirait que je veux mettre à mal l’histoire officielle.

– Ne t’inquiète pas, motuche et bouse cousue.

Elle me fit rire, alors que son frère la corrigea :

– On dit motus et bouche cousue.

– Ça va, je ne suis qu’une enfant.

Le regard triste, je vis mes enfants, les deux droïdes, se diriger vers la salle qui leur était dédiée.

Si vous voulez me lire davantage, retrouvez tout mon univers dans mon dernier roman “La fille qui voyage au-delà des mers”

2 réflexions sur “Imagine le monde de demain : 2055”

  1. J’adore ton histoire Mathias. Mais j’ai déjà lu des livres avec une fin du monde et ces livres sont prenants, je peux t’en nommer plusieurs : CHAOS de chris loseus ; (la fin du monde par la tombée de neige incessante) et aussi deux autres : alexis arend et …. (je vais le retruver), celui d’alexis c’était par la sécheresse et le dernier c’était par l’ozone un brouillard à ras de terre constant.
    OUI, tu devrais faire un livre là dessus,
    merci d’avoir partager le monde de demain : 2055.
    bien à toi. Bises. Blandine.

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